Après un calcul savant dont je ne révèlerai jamais le secret si ce n'est contre un carré de chocolat j'en suis arrivé à cet étonnant résultat: entre l'instant où je fixe ces mots (où j'immortalise ce qu'on appelle "mon point de vue") et celui où vous les lisez j'ai changé 14 666 373 x 10 puissance 6 fois d'avis...

   L'écrit et la vidéo figent. La pensée est mouvement, flux de pensées. Ecrire ou se filmer en train de parler dans l'illusion d'exprimer quelque chose comme "sa pensée" ou "son point de vue" est une bêtise sans nom -il n'y a rien de tels que "ma pensée" ou "mon point de vue", come si je pensais depuis un centre fixe, depuis un point de référence immuable. C'est comme quand vous prenez en photo des nuages. Vos photos n'expriment rien de la dynamique mouvante des nuages. Une photo est un instantané, c'est à dire qu'il n'est valable que l'espace d'un 'instant. C'est exactement pareil pour mes déjections écrites et filmées.

     Tout ce que je peux dire c'est qu'un jour, à un moment précis, dans le contexte qui était le mien à cet instant, j'ai pensé ce que j'ai dit ou écris. Ce moment est passé: ces pensées, ces textes, ces vidéos sont passées en désuétude. Et rien n'indique que je pense encore ce que vous lisez sur le sujet traité au moment où vous le lisez. Il faudrait me poser la question en ma présence pour le savoir.

    Je pourrais passé ma vie à perdre mon temps à entretenir ce blog censé refléter quelque chose comme "ma pensée". Chaque jour je pourrais le peaufiner, l'améliorer, le préciser, le corriger, l'expliciter, etc... Autant courir après son ombre, jamais je ne pourrais attraper une chose comme "ma pensée", caprturer un truc comme "mon point de vue", ça bouge tout le temps. Certes j'ai des ritournelles, des refrains, des credos récurrents, mais ce ne sont que des armes conceptuelles que je me suis construit pour fonctionner à ma manière dans ce monde qui m'a construit lui-même. Ce qui ressemble à "ma pensée" n'est qu'une sorte de sphère de pensées en mouvement qui me viennent au gré des situations pour appuyer mon comportement.

   En définitive "ma pensée" n'est qu'une arme d'autojustification massive! Ma "force de l'Ordre", de ma pseudo-harmonie. "Mes" pensées sont mes gardiens de la Paix, de mon pseudo-bien-être (de mon moins-pire-être). La force de mes pensées me permet de justifier mon comportement en ce monde vis-à-vis des autres. C'est une sorte de carapace qui me permet d'être comme je suis. Chacune des mes expériences est justifiée par ma pensée. J'ai le droit d'être comme je suis parce que je pense comme cela. Ma pensée valide mon être; parce que ma pensée est valide aux yeux des autres. Ma pensée me protège mais en même temps m'enferme. Car c'est un exercice de complaisance. Je pense donc je suis auto-complaisant.

   Bref, vouloir piéger ses pensées c'est se prendre aux pièges de sa pensée. Autant les laisser faire leur manège sans chercher à les fixer. Entretenir ce blog ce serait exactement comme entretenir un tombe, c'est à dire entretenir le souvenir d'une chose définitivement passée et dépassée. Je préfère le laisser en friche dans l'éclat de toute son imperfection et finir par cette épitaphe:

                                                                             "Paix à son âne!!"    

    La vie est un poisson d'avril.        hihan!hihan!hihan!